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2010/11/15

La famille

Dans mon rêve, quelqu’un m’offrit deux pierres – une grande et bien lourde et une plus petite, représentant l’outil pour travailler la première. Il fallait endurer le long travail manuel ; faire de grands efforts et ne pas abandonner l’outil pour tailler la grande pierre. Je savais que je devrais travailler sans lâcher prise peu importe la douleur pénétrant mes mains, exténuant mes muscles, tendant à l’extrême mes veines. Je devais surmonter cette douleur et continuer à tailler, tailler sans cesse la grande pierre.
Du coup, j’aperçus les contours des silhouettes humaines sur la surface au-dessous la poussière pierreuse. La grande pierre se transforma peu à peu en une statue monumentale. Cette statue représentait le corps dressé d’un homme, près de lui celui d’une femme et, près d’eux, blotti celui d’un enfant. Cette image de la famille aurait probablement toujours existée, profondément empreinte sur le fond de la pierre. Mais les efforts et le dur travail étaient indispensables pour la révéler.
Une étrange voix annonça que la famille était une évidence, mais en même temps un travail dévoué et constant… Juste comme le travail des pierres dans ce rêve. Ces pierres qui gardaient leurs profonds secrets et qui ne les dévoilaient grâce aux efforts persistants.
C’est aussi cela découvrir et construire jour après jour une famille – c’est comme tailler la grande pierre avec la petite pierre.
Le bonheur sera toujours là – au dessous la poussière.

2010/09/08

Histoires d’enfants lors de la rentrée

Le petit Noa pleure. C’est sa première journée à l’école. Il a trois ans. Après, avec les jours, et avec le savoir –être de son éducatrice, il est amené auprès des autres enfants. L’éducatrice demande à Jacques (un enfant très calme) si il serait d’accord de construire avec Noa une ferme. Jacques accepte volontiers et par miracle, les larmes des yeux de Noa s’estompent. Car l’idée de la ferme, aide à Noa d’évoquer l’image des vaches qu’il a vu le week – end passé. Dans quelques jours, Noa fabriquera un impressionnant oiseau du papier et l’offrira tout sourire à sa maman. Ainsi, l’initiation à l’école préscolaire se terminera avec bonheur pour Noa.
…

La petite Nathalie ne parle ni français, ni anglais malgré que son prénom le présuppose. Elle est d’origine chinoise et l’une des enfants les plus silencieux à l’école. Mais elle est toujours attentive et contente quand l’éducatrice lui adresse personnellement la parole. Le troisième jour après la rentrée, Nathalie commence à prononcer les noms de certains légumes et fruits qu’on a appris longtemps en classe grâce aux images et aux répétitions.
A la fin de la semaine, Nathalie est à l’aise avec les mots magiques « merci », « pardon », « s’il vous plaît ». L’éducatrice ne manque pas l’occasion d’amener d’autres filles près de Nathalie pour lui proposer des jeux communs et de la complimenter sur les belles robes qu’elle choisit chaque jour. Evelyne, une enfant très sociale s’approche de l’éducatrice est dit : « Et moi aussi, j’ai aussi une belle robe. C’est moi qui l’ai choisie ce matin. »
…

Madeleine est une autre petite fille ravissante âgée de 3 ans. Elle a attentivement observé les gestes de l’éducatrice durant l’atelier du bricolage. Madeleine a bien compris comment il faut tenir la feuille et la queue coupées du papier de couleur pour les coller au dessus de la forme ronde représentant la pomme. Après avoir terminé sa pomme à elle, Madeleine continue d’observer le travail des autres enfants. Elle veut même les aider en passant aux plus petits les formes coupées et prêtes à coller. L’éducatrice comprend que Madeleine est non seulement une observatrice attentive, mais aussi une enfant prête à offrir son aide aux autres enfants, les moins habiles avec le bricolage. Finalement, tous repartent avec les pommes et les poires faites du papier coloré. Quelle merveille!
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Mathilde a 4 ans. Ces robes sont autant ravissantes que celles des autres filles, mais elle ne prononce aucun mot durant la journée en classe. Il arrive qu’elle se met en pleurs soudains et elle cherche constamment la présence de l’éducatrice. Dans le parc, si l’éducatrice la lâche, Mathilde se met en pleurs de détresse. Durant les repas, si l’éducatrice ne l’encourage pas, l’enfant ne mangera rien. Certaines des éducatrices pensent que trop d’attention individuelle nuit à l’indépendance à l’école, mais l’éducatrice de Mathilde est persuadée qu’il faut passer du temps avec l’enfant et ne pas l’ignorer ou l’abandonner pour résoudre sa difficulté d’intégrer l’école préscolaire.
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Ingrid et Dora sont des jumelles hispanophones. Comme un certain nombre d’enfant elles ne communiquent ni en français ni en anglais. Pourtant, l’éducatrice a trouvé le moyen de les apprivoiser à la vie du groupe et aux règles à appliquer. Le comment faire s’avère progressivement compréhensif pour Ingrid et Dora en suivant l’exemple des autres enfants, ceux qui maîtrisent mieux les comportements souhaités. Lors de déjeuner, Ingrid et Dora sont attablées près des enfants qui savent se servir des couverts et des mets. L’éducatrice encourage Max à montrer à Ingrid comment il faut tenir son morceau de pizza et comment utiliser la fourchette pour la salade. Max est fier d’être en aide à ses camarades de table. A leur tour, les filles suivent l’exemple de Max et commencent peu à peu ce déjeuner délectable. L’éducatrice n’intervient qu’avec la parole bienveillante. Elle montre qu’elle est là pour les enfants, qu’elle apprécie leurs efforts et qu’elle croit en la capacité personnelle de chacun dans son groupe.
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Eloi est un garçon silencieux lui aussi et plutôt timide. Si on ne le demande pas quelque chose, il ne prendra pas la parole. Son éducatrice se rend bien compte et tente de l’aborder toujours quand la possibilité se présente. Même si construit tranquillement des tours de lego, seul à sa table de travail, après un long moment d’observation, l’éducatrice décide d’approcher Eloi en amenant Pierre près de sa table de travail. « La tour que tu as construite, Eloi, est vraiment belle, solide et impressionnante », s’adresse l’éducatrice à lui. « Oui, mes matériaux sont solides », réplique Eloi. Il n’a rien contre si Pierre travaille à côté de lui. Quand le papa vient pour chercher Eloi, l’enfant dit tout seul à l’éducatrice : « Cet week-end, je vais à un camping…Je vais faire mon canoë. Et mon canoë est rouge… ». L’éducatrice est contente qu’Eloi lui partage ses projets et qu’il a pris seul l’initiative de s’exprimer. « Tu sais, Eloi, je suis contente que tu ailles à la montagne…Tu verras certainement des rochers et des rivières…Et si tu veux, lundi, quand on sera de nouveau à l’école, tu pourrait dessiner ton canoë et le camping. Comme cela toute la classe connaîtra ton canoë », propose l’éducatrice d’un ton jovial et encourageant. Eloi lui dit au revoir et il quitte l’école en plein sourire avec son papa.
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Belle rentrée à tout le monde.

2010/08/27

L'enfant et la parole

« Arrête de dire des paroles ! C’est moi qui dis des paroles ! ». Ce sont les mots d’un petit garçon qui s’adresse à sa mère dans la bibliothèque. Elle essaye de lui parler sur certains livres, mais l’enfant ne veut pas l'entendre. Tout ce qu’il désire, c’est que la parole soit à lui. Il a tellement besoin de s’exprimer, d’être écouté, d’être libre de parler et de parler…
Voilà un petit assoiffé des mots, des mots qu’il prononce et crée lui- même.

2010/07/26

Sur la plage Inverness du Cap- Breton

La plage est parsemée des cailloux divers. Certains sont parfaitement blancs, d’autres absolument noirs ; il y en a aussi presque de toutes les couleurs, joliment polis par l’eau millénaire et déversés sur le bord comme ultime offre de l’océan pour les humains qui l’approchent.

J’ai envie de laisser une trace sur cette plage dans cette journée pas tellement ensoleillée mais romantique à sa manière. Nous n’avons pas le temps de faire un château du sable. J’ai juste quelques instants pour ramasser des cailloux et d’en former une famille imaginaire en les arrangeant l’un près de l’autre. Instinctivement, je commence par la figurine de l’homme/père.

J’ajoute près de lui la figurine de la femme/mère.

Et je compose finalement celle de leur enfant.

Voilà ma famille représentée par les cailloux ramassés sur la plage d’Inverness. Tu la prends en photos.

Je te demande si nous devons ramasser les cailloux – bonhommes et les prendre avec nous. Les prendre comme un souvenir de cette plage et de ses petits trésors.
Tu me dis que je n’ai pas besoin de le faire…Qu’il suffit que je les aie déjà reliés l’un avec l’autre en leur donnant l’image inspirante de cette famille imaginaire.
Ces bonhommes-cailloux nous deviennent chers. Nous les laissons sur le sable comme un cadeau de notre part à cet océan, comme une trace de notre arrêt et de notre amour ici. Sur la plage d'Inverness.

2010/07/21

Avoir une famille


Une femme calme et contemplative au bord de l’océan. Devant elle, son homme aimé jouant avec leurs enfants. Ils construisent ensemble des châteaux de sable et de forteresses de belles pierres. C’est cela le bonheur. On peut toujours désirer, mais désirer quoi ? N’a-t-on pas tout durant cet instant - là?

Partager la joie d' être avec ses enfants près de cet océan... Se sentir vivant plus que jamais dans sa vie...

2009/10/31

Le soir de Halloween

L’automne est à l’apogée de son or. La piscine est vide, mais le bleu de sa mosaïque contraste joliment avec le jaune intense des arbres penchés sur elle. C’est l’heure du crépuscule automnal. La piscine est vide depuis deux mois. Ce soir, elle est pourtant encore belle, luisante après la caresse de la pluie.
Les gens sont tous rentrés à leurs maisons. Les citrouilles veillent aux rebords des portes et des fenêtres. Derrière clignotent chaleureusement des lumières. Les enfants sont tous excités devant leurs chocolats, caramels et bonbons fondants : tous ces délices sont en leur possession ce soir de Halloween. Les enfants n’ont pas peur des forces du mal, les enfants démystifient ce mal et cette terreur qui font tant de peur aux adultes. Ce soir, les enfants sont plus courageux que nous. Et ce n’est pas seulement à cause des chocolats!
Les arbres continuent d’éparpiller leur or tout autour avec une grâce turbulente. Puis, le vent s’en va lentement, s'en va au loin. Et l’or reste envelopper doucement la terre pour l’aider à se préparer à une nouvelle saison…

Rentrer à la maison

La pluie retentit encore sur le trottoir avec des gouttes chantantes. Le papa est allé chercher son petit garçon de l’école. La soirée est pluvieuse, mais joyeuse. Le papa et l’enfant se tiennent la main dans la main. Le papa siffle gaiement une mélodie tout en marchant, tout en tenant son fils. Le garçon regarde son père siffler la mélodie, il écoute et sourit. C’est son papa à lui ! Les deux sont heureux de rentrer à la maison sous les gouttes de la pluie joyeuse.

2009/03/26

Dessiner sa famille - ce que les dessins d'enfants nous disent

Jasmie a 4 ans. La proposition de l’institutrice est que les enfants de son groupe dessinent leur famille. Jasmie hésite longtemps avant d’entamer son image. Puis, elle s’élance dans les lignes, les cercles et les spirales nombriliques avec lesquels sa feuille se remplit. L’institutrice se promène près des enfants et observe leurs créations. Elle les encourage à lui raconter l’histoire de leur oeuvre. Elle connaît la famille de chacun, mais la perception et la représentation de l’enfant s’avèrent intéressantes et révélatrices des désirs ou des conflits cachés. Les dessins aideront les enfants à les exprimer et à s’en libérer. L’institutrice sait que Jasmie a un frère, son aîné de 4 ans. Pourtant, ce frère manque constamment des portraits familiaux de Jasmie. La petite fille ne se dessine qu’elle- même entourée de sa mère et de son père. Cette fois, l’institutrice ose questionner Jasmie :
- Et, alors, Jasmie, c’est cela ta famille ?
La petite fille acquiesce avec sa tête en poursuivant le coloriage des pantalons de son père.
- Et Hector n’est pas là ? reformule sa question l’institutrice pour comprendre mieux.
- Non. Hector n’est pas là. Il est à son école. C’est moi qui est avec maman et papa. Et tous les chocolats vont être pour moi. Regarde…On est content.
L’institutrice croit en saisir un peu plus. Sur son dessin, Jasmie dessine un idéal qu’elle convoite : seule à la maison avec ses parents, en pleine possession de leur attention et de tous les chocolats. En réalité, elle devrait « partager » maman, papa et les chocolats avec son frère qui domine sans doute la situation. Mais le dessin est le territoire imaginaire par excellence où la petite fille expose, vit et transmet ses désirs tels qu’ils sont.
L’institutrice encouragera Jasmie à offrir le dessin à sa maman cet après – midi.

Les briques magiques dans les yeux d'un enfant qui attend

Dans la salle d’attente de la clinique médicale, les enfants deviennent de plus en plus impatients. Ils ne s’intéressent plus ni à leur livres, ni à leurs coloriages, ni aux mots doux de leurs parents. Le brouhaha tout autour les fatigue et les énerve. L’ennui dure jusqu’à ce qu’un petit garçon s’aperçoit au mur d’à côté : un mur imitant des briques rouges, blotties l’une contre l’autre infailliblement. L’enfant se dirige vers ce mur, pose sa main sur l’une des briques représentées et demande à sa mère : « Comment on peut trouver la brique magique, maman ?...C’est comme le mur de Harry Potter.., le mur qui s’ouvre vers le train magique ! » L’enfant demeure épaté devant sa découverte. Il tente de découvrir la brique magique sur le mur dans cette salle d’attente en tâtonnant tout au long des briques dessinées.
La maman, contente que son fils soit sorti de l’ennui commun, l’encourage : « Essaye toutes les briques, mon chéri, tu va trouver la bonne… » Puis, elle regarde vers le cabinet de l’infirmière avec un désir évident que leur tour vienne avant l’épuisement de la magie.